Quarante années, rien n'a changé

Il est des instants qui balisent votre chemin comme le font les étoiles.

Ce matin là j'ai surpris ma main s'aventurer le long de son échine, caresser ses formes, partir et revenir, s'attarder. Elle avait invité ma joue à se poser et goûter aux délices de l'émail encore chaud de tant d'aventures.

Je crois bien que j'avais fermé les yeux au seul contact de mon épiderme  et d'un tube d'acier horizontal de 25 mm qui reliait le tube de selle et le boitier de direction de ma Sablière, modèle 1971.

J'ai fermé les yeux et ma mémoire s'est entrouverte.

J'ai fermé les yeux pour entendre les caresses du vent de l'arctique sur les plateaux désertiques de la Laponie norvégienne. Me sont revenus des lieux aux consonances exotiques, Honningsvag, Alta, Mo I Rana et me sont revenues des images cueillies en chemin le long de ce ruban de terre qui montait vers le nord et qui cabossait ma monture. La démarche chaloupée de l'élan surpris en lisière de forêt, les troupeaux de rennes nonchalants et ce jeune Lapon au costume multicolore qui courait à mes côtés pour prolonger l'instant. L'unique route du nord avait un nom d'édulcorant, E6. J'étais appliqué à ma tâche, courbé face au vent et le regard fixé vers ce qui était alors devenu une obsession, le Cap Nord.

Quarante années, rien n'a changé.

 
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