PBP avant

 Paris – Brest – Paris
Décrire le vécu d'une telle épreuve a posteriori et surtout dans le cas d'une réussite est un plaisir facile à partager.
Expliquer ce que l'on ressent les quelques jours qui précèdent le départ et pourquoi récidiver une telle tentative, là l'exercice est plus délicat, essayons.


« Le meilleur moment de l'amour, c'est quand on monte l'escalier. »  Clémenceau
Alors les jours d'avant la randonnée, est-ce vraiment les meilleurs moments ? Peut-être...
C'est un mélange intense de souvenirs, d'espoirs, d'inquiétudes voir même de craintes en tout cas c'est déjà une épreuve.
L'emploi du temps est chargé, la révision méticuleuse du matériel, la liste des choses à emporter, ceci au cas où, cela si jamais, et pour la nuit, « allez, je rajoute un troisième feu-rouge, sécurité avant tout ». La lecture méticuleuse des cartes, la mémorisation des noms de lieux, des distances et surtout des horaires de fermeture des contrôles (la hantise en cas de galère). Les inutiles consultations des bulletins météo.
Puis viennent des moments de repos très vite perturbés par les images de l'édition précédente ancrées dans la mémoire et qui viennent se réimprimer sur le fond de la rétine, les villages, les interminables successions de montées, les moments de découragements, de joies, de douleurs.
C'est aussi les mails d'encouragements des amis, un petit mot d'un randonneur rencontré lors d'un brevet qualificatif alors qu'il se trouve au départ d'une diagonale.
Et puis les échanges sur le forum des randonneurs longue-distance, l'élan de solidarité pour permettre à un randonneur en situation difficile, de tout de même participer à l'épreuve en lui faisant des dons de matériel et d'argent, et tout ce que les récidivistes ont le plus envie et/ou hâte de retrouver la semaine prochaine.

Voici quelques extraits  de leurs réponses :
- Pour moi c'est simple: les gamins alignés sur le bord de la route qui tendent la main pour qu'on leur tape dedans... Ca me donne des frissons rien que d'y penser...- L'enfilade de feux rouges à l'entrée de la première nuit, le pont LOUPPE à Brest.
- j'ai hâte de ré-entendre le cliquet d'enfichage des pédales automatiques quand une vague s'élance... bon sang, en 2007, ça m'avait fait froid dans le dos car je ne m'attendais pas à entendre cela- pour moi, frissonner à nouveau, pleurer aussi probablement à certains moments.
- La tension juste avant le départ...puis le top départ. On en a bavé pour y être, maintenant, il faut confirmer, comme dans toute épreuve sportive nécessitant une longue préparation. Puis cette libération lorsqu'enfin, on tourne les jambes sur le vélo.
- Ces cafés et autres pâtisseries offertes le long du parcours, la petite Clara à Trévé, elle doit avoir grandi en quatre ans.- Les frissons, à l'approche de l'arrivée - "Enfin j'y suis"- mais en même temps, - " Dommage, ça va être fini, doucement profites en un max" Un moment que l'on doit vivre intensément, un mélange de grande joie et déjà de regrets en attendant la prochaine.
- Au rond point des Saules, tous les proches des participants qui t'applaudissent comme s'ils étaient venus pour te voir toi........passer « la planche* »
- revivre cette Fusion au départ, revoir ces kilomètres à l'infini de feux rouge ! partager ce PBP avec tous les inconnus au bord des routes, faire remplir mon bidon par un gamin tout heureux de "participer" à sa manière à ce défi !- entendre l'accordéon d'une fenêtre de cuisine ouverte à 3h du mat !!
- Vivre l'émotion des arrivées aux contrôles ! Donner un sourire et un mot gentil à tous ces bénévoles sans qui nous ne serions pas là,  me coucher sur un parking pour un roupillon de quelques minutes.
- Passer La Planche* ! après un tour d'honneur d'un rond point où l'on réalise que l'on vient de passer des moments très très forts.- Passer la Planche* cette année avec Ma Juju.
- avoir les larmes aux yeux au départ et à chaque salves d'applaudissements (surtout la nuit en Bretagne)
répondre aux encouragements des bénévoles à chaque contrôle, passer la ligne d'arrivée avec la chair de poule.
- Le moment le plus magique pour moi est l'arrivée sur le rond-point des Saules.
A tel point que j'ai toujours des frissons quand j'arrive sur ce rond-point, même sans venir de Brest !
Mes autres grands moments sont le départ dans SQY avec les jambes qui tournent toutes seules, la tension qui se libère et la vigilance qui augmente kilomètre après kilomètre, Ensuite, viennent les longues files de feux rouges, la montée du Roc Treveze:, la traversée du pont Albert Louppe et surtout toutes les personnes sur le bord de route, de jour comme de nuit..
- Les encouragements des cyclos en sens inverse en forêt de Rambouillet . Avec la fatigue leurs félicitations me faisait des frissons et j'en aurais quasiment pleurer . C'est aussi le relâchement après l'arrivée et cette sensation de vide " du passage d'un monde à un un autre ".

Voilà ce à quoi l'on pense... avant.
À bientôt

Jean François


* « La Planche » il s'agit d'une planche en bois qui est placée à l'arrivée afin de passer facilement sur le trottoir pour accéder au gymnase où a lieu le contrôle final.
C'est l'ultime difficulté, c'est devenu un symbole.